Il est désormais quasi-impossible de faire un tour sur les réseaux sociaux sans voir des dizaines de vidéos qui se bousculent sur nos fils d’actualité et qui font rire de tout. Il s’agit du Web-humour ou l’humour du Web, en plein essor ces dernières années, dont la pratique à la malienne interroge quant à son impact surtout néfaste sur notre société. Ce qui nécessite, pour certains, de contrer ses effets pervers pour un environnement numérique beaucoup plus assaini. Blog.
Dans les grins, au marché, à l’école, dans nos maisons et au sein de nos services, en un petit temps de connexion sur Internet, les vidéos se succèdent et provoquent chez tous, des rires aux éclats à n’en pas finir. Une inspiration que l’on peut qualifier de dynamique semble avoir saisi la jeunesse malienne. Les créations pullulent. Elles sont sans barrière et dépassent toutes les frontières. Elles tombent sur nos écrans sans restriction en touchant enfants, adultes et vieux.
En trente minutes de vie sur les réseaux sociaux, ces vidéos comptent déjà des milliers de réactions. Les internautes friands de ces séquences, en redemandent encore et encore. Pas forcément besoin de moyens importants pour produire et accéder à un public. Il faut juste quelques compétences en montage avec des moyens de bord, une inspiration brute et une connexion Internet pour lancer des vidéos sur ces plateformes populaires.
De nombreux jeunes Maliens se sont fait connaître par leur « humour » à travers les réseaux sociaux. Ils y imitent une grand-mère, un grand-père, un imam, un alcoolique, une personne en situation de handicap, etc. Dans des jeux de rôles, ils injurient parents et éducateurs jugés trop « emmerdants » ou incarnent des personnages dont ils ternissent l’image dans la société, entre autres. Ces « sketchs », à l’absence de toute éthique et de toute rigueur, font tomber notre société dans des écarts de respect et de considération et une banalisation de comportements déviants.
« Ils sont à l’image de leur public »
Dans une émission de Studio Tamani, sur le thème de cette forme déviante de l’humour au Mali, la web-humoriste et artiste-comédienne Alima Togola explique que les humoristes qui tombent dans la grossièreté et l’injure sont clairement à l’image de leur public : « Ne les accusons pas. C’est leur public qui les encourage à persévérer. Il ne sanctionne pas et prend plaisir à laisser passer toutes ces dérives. Les humoristes qui injurient leur propre public sont plus soutenus et suivis que nous qui agissons avec sérieux et professionnalisme. » Ces propos transmettent un cri de cœur. Notre société ne s’offusque presque plus de rien.
Appuyant les propos de la jeune comédienne, l’humoriste malien Djéli Moussa Kouyaté, connu sous le nom de scène “ATT Junior”, également sur le plateau, soutient que « le talent est bon mais une bonne formation est encore mieux. » Selon lui, ceux qui s’improvisent en humoristes ont peut-être du talent, mais ils manquent de formation. Cela laisse place à toutes les dérives.
La quête de l’argent est devenue la source de tous les maux. Dasson Diarra est un artiste-comédien sorti du Conservatoire des Arts et Multimédia Balla Fasséké Kouyaté. Aujourd’hui, il est gestionnaire de projet et consultant culturel. Pour lui, l’humour ou la comédie est un art, et « ceux qui font de la comédie sur les réseaux sociaux ne peuvent pas être appelés ‘’artistes’’ ; ce sont des ‘’influenceurs artistiques’’ à la recherche de la popularité et de l’argent rapide. Ils influencent négativement par les contenus déviants qu’ils produisent par un type d’art abâtardi. »
Réguler les contenus et éduquer à l’usage des réseaux sociaux
Boubacar Traoré, journaliste et rédacteur en chef du site web Kalux FM constate avec amertume certains sketchs postés sur les réseaux sociaux : « On y voit des hommes qui se travestissent en femme et vice-versa ou des femmes qui sont tapotées et réduites à des jeux sexuels. Et tout ceci se banalise dans un humour sans réflexion. Notre société s’habitue à voir de telles images en longueur de temps. », fait-il observer. Avant de s’interroger en ces termes : « Quelle influence laisse-t-on finalement sur les enfants ? »
Pour lui, l’année de la culture décrétée dans notre pays ne devrait pas s’achever sans voir la création d’une structure chargée de réguler ces nombreux contenus artistiques (que ce soit en musique ou en comédie) avant toute diffusion.
Pour l’artiste-comédien et consultant culturel Dasson Diarra, il faut éduquer notre société à l’utilisation des réseaux sociaux : « Les Maliens doivent être éduqués à détecter le négatif et à rejeter l’offensant et le médiocre, préconise-t-il. Les images nous détruisent, il faut qu’on s’en rende compte. » Il conclut en soulignant que tout le monde n’est pas artiste et ne doit pas être autorisé à produire un contenu artistique, au risque de tuer l’art, le dévier de sa mission et impacter négativement la société.
Cet article a été rédigé par Lamissa Diarra et édité par Sag. Bi.




