Sur le réseau social Facebook, une dizaine de comptes ont attribué faussement, fin juillet 2025, une déclaration au président américain Donald Trump accusant son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa « d’être responsable de ses problèmes de santé », d’une « insuffisance veineuse chronique » diagnostiquée chez lui. Nous avons vérifié. Il s’agit d’une fausse déclaration attribuée.
« Je ne me sens pas bien depuis que ce Sud-africain est arrivé à la Maison Blanche. Je pense qu’il a apporté quelque chose. C’était peut-être dans sa poignée de main. C’était une poignée de main très forte, étonnamment forte. Presque comme un piège. » Ces propos auraient été tenus, jeudi 24 juillet 2025, par Donald Trump à propos de son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, d’après une publication faite de façon visiblement coordonnée par une dizaine de comptes Facebook dont celui identifié Kapuka Daniel – suivi par plus 5 000 followers et logé dans la catégorie création digitale.
« “Avant l’arrivée de Ramaphosa, mes jambes étaient parfaites. Des jambes absolument magnifiques. Énormes. Certains ont même dit que c’étaient les plus belles jambes présidentielles depuis Kennedy”, a ajouté Trump, appuyant ses propos d’une tape sur la cuisse. “Mais après son départ ? Boum ! Gonflement. Décoloration. Mon short de golf ne me va même plus” », peut-on encore lire dans cette publication Facebook datée du 26 juillet.
Ce qui fait ainsi croire que « (l)e président américain Donald Trump accuse son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa d’être responsable de ses problèmes de santé » et que « son diagnostic d’insuffisance veineuse chronique, une affection affectant la circulation sanguine dans les jambes, fait suite à la visite de Ramaphosa à la Maison Blanche »
Les internautes y sont allés de tous les commentaires. « Amusant », réagit ici une internaute. Alors qu’un autre commentaire estime de son côté que : « C’est du pire racisme ! »
Pas de trace montrant que Trump a réellement tenu cette déclaration
En observant les différentes publications relayées (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, etc.), il est facile de remarquer qu’aucune d’elles ne mentionne une quelconque source en référence, à part la mention d’un point de presse. En plus, aucune plateforme médiatique reconnue n’a publié l’information en question, a-t-on constaté après plusieurs recherches par mots-clés dans Google.
Nous avons en outre effectué un rapide tour sur la page Facebook certifiée de la Maison Blanche, et même constat : aucune information en date du 24 juillet ne fait mention de cette déclaration.
D’ailleurs, aucun point de presse n’a été tenu à cette date au siège de la présidence des États-Unis. C’était un jour avant, le 23 juillet, que Trump a animé un point de presse où il a signé trois décrets présidentiels – tous en rapport avec l’intelligence artificielle (IA) – et déclaré en grande pompe que son pays gagnera le pari de l’IA.
Nous avons effectué un autre tour sur le réseau social particulier de Trump (Truth social), à travers son compte personnel, où il publie toutes ses informations. Même constat : le 45e et 47e locataire du Bureau ovale n’a tenu aucune déclaration du genre. Les informations en date du 24 Juillet sont exactement celles figurant sur la page de la Maison Blanche.
Pas de lien établi entre la visite de Ramaphosa à la Maison Blanche et la récente insuffisance veineuse chronique diagnostiquée chez Trump
Tout remonte au 21 mai 2025, date à laquelle le chef de l’État sud-africain (Cyril Ramaphosa) est reçu à la Maison Blanche par Donald Trump, dans un contexte de rapports diplomatiques tendus entre les deux pays.
À l’accueil de Ramaphosa, une poignée de mains jugée très forte entre les deux présidents avait retenu l’attention des internautes. Elle donnait une impression de jeux de rapports de force. Plus tard, dans un style qui lui est connu et face aux médias, Trump a accusé son homologue de « discrimination raciale » sur des fermiers blancs qui s’estimaient persécutés en Afrique du Sud. La réaction du Sud-africain ne s’est pas faite attendre. Cette actualité avait fait le tour des réseaux sociaux à l’époque. La vidéo des échanges quasi houleux entre les deux hommes a suscité de nombreuses réactions.
Outre cette rencontre, fortement médiatisée, le porte-parole de l’administration Trump (Karoline Leavitt) a annoncé face à la pression médiatique, le 17 juillet dernier, qu’une insuffisance veineuse chronique a été effectivement diagnostiquée chez l’actuel président des États-Unis – après des analyses médicales effectuées suite au constat par le concerné lui-même de gonflements dans les jambes. Une insuffisance veineuse chronique, explique La Nouvelle Tribune dans un article intitulé “Donald Trump malade, la Maison Blanche donne des détails”, est « une affection qui se manifeste par un dysfonctionnement de la circulation sanguine, notamment dans les jambes, où le sang peine à remonter vers le cœur. »
C’est après l’annonce de cette information que cette fausse déclaration a été fabriquée et attribuée au président Trump, faisant croire qu’il accuse son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa « d’être responsable de ses problèmes de santé », d’une « insuffisance veineuse chronique » diagnostiquée récemment chez lui. En conclusion, cette déclaration attribuée, devenue virale, relève de la manipulation : il n’y a pas de trace montrant que le président américain l’a réellement tenue, et pas de lien établi entre la visite de Ramaphosa à la Maison Blanche et la récente insuffisance veineuse chronique diagnostiquée chez Trump.
Lamissa Diarra
Cet article a été édité par Sag. Bi.




