Au Mali, le paludisme n’est pas une simple maladie parmi d’autres : c’est le quotidien de millions de familles. Il représente la première cause de consultation, d’hospitalisation et de mortalité dans les structures de santé. Les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes en paient chaque année le plus lourd tribut. Mais comment peut-on les protéger efficacement contre le paludisme ? L’équipe de Doniblog est allée à la rencontre du Docteur Seydou Baba Sangaré, médecin et point focal paludisme du district sanitaire de Kangaba, dans la région administrative de Koulikoro. Éléments d’explication avec lui.
Le moustique anophèle est un insecte nocturne. Il pique principalement entre le lever et le coucher du soleil. Il se reproduit dans les eaux stagnantes et peu profondes : mares, caniveaux, récipients mal fermés, rizières, flaques persistantes.
Au Mali, la saison des pluies (juin-octobre) est une période intense de fécondation de larves par l’anophèle, mais également de haute transmission de cette maladie par excellence.
Loin d’être une fatalité, nous pouvons tous nous préserver de cette maladie en suivant des consignes de prévention simples, selon le Docteur Seydou Baba Sangaré, point focal paludisme du district sanitaire de Kangaba, cercle situé à Koulikoro, la deuxième région administrative du pays.
Le vaccin contre le paludisme, une avancée historique
Après plusieurs décennies de recherche, deux vaccins ont désormais obtenu le feu vert de l’Organisation mondiale de la Santé : le RTS,S/AS01(Mosquirix) et le R21/Matrix-M, préqualifié par l’OMS en 2023 et produit à plus grande échelle pour répondre aux besoins africains.
En avril 2025, un vaccin (R21/Matrix-M) a été progressivement introduit dans le pays. Dans certaines localités, il a déjà été intégré à la vaccination de routine. Efficace, il cible la forme hépatique du parasite plasmodium falciparum, ce tout petit organisme vivant invisible à l’œil nu, interrompant son cycle avant qu’il n’envahisse les globules rouges, selon le médecin-clinicien Seydou Baba Sangaré.
Le vaccin R21/Matrix-M est totalement gratuit et est disponible actuellement dans 19 districts sanitaires du pays à savoir Bafoulabé, Sagabari, Kalaban-coro, Dioila, Fana, Kangaba, Kolokani, Koulikoro, Bougouni, Sikasso, Kignan, Kolondièba, Yorosso, Barouéli, Bla, Markala, Mopti, Djenné, Youwarou. Les responsables en charge de la santé, rassurent qu’il sera progressivement disponible sur l’ensemble du pays.
Pour plus d’efficacité dans la prévention contre cette maladie, le Docteur Seydou Baba Sangaré, incite à appliquer d’autres mesures toutes autant efficaces.
La moustiquaire imprégnée d’insecticide, un outil puissant
L’utilisation des Moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (Milda) fait partie de nombreuses directives et stratégies de prévention et de lutte contre le paludisme, préconisées par l’OMS. Une moustiquaire imprégnée d’insecticide est une moustiquaire imprégnée industriellement par le fabricant et qui ne nécessite pas de traitement supplémentaire.
Entretenir une bonne hygiène environnementale
Le lien de cause entre paludisme et mauvaise hygiène environnementale n’est plus à démontrer. Le moustique anophèle ne peut se reproduire que dans l’eau. Elle ne pond ses œufs qu’à la surface d’eaux stagnantes, calmes et peu profondes. Dans notre pays, ces gîtes larvaires sont très souvent créés ou entretenus involontairement par nos propres habitudes domestiques, estime le clinicien.
Recourir rapidement aux soins devant un cas suspect
Connaître les signes de la maladie qui doivent alerter surtout chez les nourrissons, est une compétence parentale vitale. Le clinicien dissèque : « La fièvre est souvent le premier signe, parfois très élevée (39-40°C), parfois plus discrète chez le nourrisson. Toute fièvre chez un enfant de moins de 5 ans doit être prise au sérieux et explorée.
L’alternance frissons-fièvre-sueurs fait partie des manifestations cliniques qui doivent alerter. Ensuite, les maux de tête intenses (l’enfant plus grand se plaint de céphalées, le nourrisson est inconsolable et irritable), les vomissements et le refus de s’alimenter (l’enfant vomit, refuse le sein ou le biberon et semble abattu) et les douleurs abdominales sont des symptômes alerteurs. »
Le traitement intermittent pendant la grossesse (TPIg)
« Le paludisme pendant la grossesse est une menace sérieuse pour la mère et pour le fœtus. Il augmente le risque de faible poids à la naissance, de naissance prématurée, d’anémie maternelle sévère ou fœtale et dans les cas les plus graves, de décès néonatal ou maternel », explique encore notre médecin qui précise que « le Mali recommande le traitement préventif intermittent du paludisme pendant la grossesse (TPIg) ».
Le clinicien conseille particulièrement aux femmes enceintes de « ne prendre aucun antipaludique sans prescription médicale pendant la grossesse. »
La chimioprévention du paludisme saisonnier (CPS)
La chimioprévention du paludisme saisonnier est une autre stratégie recommandée par l’Organisation mondiale de la santé et mise en œuvre par le Mali depuis 2012. Le traitement consiste à administrer par intervalles de temps des antipaludiques – Sulfadoxine-Pyriméthamine (SP) et Amodiaquine (AQ) – aux enfants de 3-59 mois, au cours de la saison de haute transmission du paludisme.
Le paludisme tue certes, mais il peut être vaincu. Dans une action d’ensemble, que chaque Malien fasse du combat commun contre le paludisme, un combat individuel en appliquant ces mesures de précaution édictées.
Lamissa Diarra




