L’avènement des réseaux sociaux a favorisé l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène publique médiatique. Ce sont les activistes et les influenceurs numériques. Ils ont une influence fulgurante sur la société malienne. Mais comment sont-ils arrivés en quelques années à s’imposer et occuper une place de choix dans l’espace public ?
Atteindre des milliers de personnes en quelques minutes par ses actions, sans se déplacer, est bien désormais possible et à moindre frais. Les nouveaux acteurs dans l’espace public, via les médias sociaux, sont dans l’engagement citoyen, dans la défense des causes sociales oubliées ou ignorées. Ils sont dans la promotion de la culture ou s’expriment sur des sujets de société (mariage et vie de couple).
Ils influencent par leurs standings de vie ou leurs modes de consommation. Ils parlent ouvertement de sujets jugés tabous ou transgressant les mœurs sociales. Les activistes (numériques) et les influenceurs, par leurs actions, ont gagné en pouvoir dans notre société, avec ses conséquences positives et négatives.
Les parents, l’entourage social, l’enseignant à l’école ou l’éducateur social (chef religieux ou traditionnel) et même l’artiste-musicien ont vu leurs places occupées, en grande partie, par de nouveaux acteurs parfois établis à des milliers de kilomètres, mais si proches de notre quotidien. Ils sont sur les écrans de smartphones et parlent à chacun d’entre nous, et très souvent dans nos langues locales. Les activistes et les influenceurs sont devenus ces icônes qui éduquent, conseillent et consolent, qui parlent de notre quotidien. Ils impactent et transforment notre société.
« Ils s’expriment sur des sujets ignorés ou omis »
Plus de huit millions de Maliens ont accès à Internet, selon des chiffres donnés en 2024 par Data Reportal, une plateforme en ligne qui fournit des informations sur l’utilisation d’Internet et des médias sociaux à travers le monde. D’après ces mêmes données, 78% des internautes maliens utilisent les réseaux sociaux.
Les médias sociaux font assurément partie de notre quotidien. Les Maliens trouvent en eux des espaces d’information, de découverte, d’apprentissage et de divertissement. Les animateurs de ces espaces numériques sont nombreux, parmi lesquels on rencontre populairement les influenceurs et les activistes (identifiés souvent sous le nom réducteur de videoman). À travers leurs actions, ils suscitent de l’attention et drainent les internautes vers eux.
Pour M’pah Kaloga, sociologue et enseignant, les activistes et influenceurs sont venus combler un vide : « Ils parlent des sujets qui concernent chacun ou des sujets qui font l’actualité dans la cité, en brisant les barrières linguistiques. Ils s’expriment sur des sujets ignorés ou omis dans les autres espaces médiatiques (télé ou radio). Ils se battent pour des causes dont on ne sent pas la présence de l’Etat. Ils suscitent de l’admiration en incarnant un style, un mode ou une posture dont rêvent d’autres (vivre dans des endroits de luxe, porter des habits de luxe ou des bracelets en or ou circuler à bord de véhicules de privilège). »
Ils finissent par gagner en popularité et deviennent de vrais acteurs
Que ce soit dans le quotidien, au sein des familles, dans les milieux de travail ou de façon plus large en matière de gouvernance publique, se saisir d’un problème, en parler et offrir des solutions pour y faire face, peut très facilement susciter l’attention publique.
C’est ainsi que beaucoup de personnages numériques, en simples internautes animant leurs comptes, finissent par gagner en popularité et deviennent de vrais acteurs des réseaux sociaux – écoutés et reconnus. « En parlant des problèmes qui concernent tout le monde, on crée un lien de rapprochement. On retrouve en cette personne celle qui vit la même réalité ou qui parle de ce qu’on vit », explique le sociologue.
Un citoyen qui vient de subir une injustice et qui découvre un activiste qui en fait son combat, gagne de l’intérêt pour lui. Une femme qui subit une violence dans son couple et qui découvre un(e) activiste qui porte le combat et soulage par ses messages celles qui souffrent dans le silence, commence à s’intéresser à la personne. Une jeune fille qui rêve d’un type de corps et qui aperçoit une autre qui porte toutes ces caractéristiques, se lie d’intérêt à elle et commence à la suivre.
« Les vidéomans jouent un rôle central dans la désinformation »
Sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram ou Tik Tok), tous les jeunes maliens ont presque leurs influenceurs et influenceuses préféré(e)s, cherchant coûte que coûte à ressembler à leurs idoles par le style d’habillement, le type de corps ou à s’approprier nombre de biens que ceux-ci exhibent.
Par leur communication, les activistes et influenceurs ont su s’imposer sur la scène publique au Mali. De nombreux activistes politiques ont influencé le cours des événements politiques de ces dernières années en décriant des tares de gouvernance et appelant à une dénonciation dans les rues pour le changement. Ils ont joué un rôle de premier plan dans l’organisation des manifestations ayant abouti au changement de régime en 2020.
Au-delà de cette expression populaire qu’incarnent ces nouveaux acteurs, il est reconnu que leur émergence contribue considérablement à la désinformation au Mali. « Les vidéomans jouent un rôle central dans la désinformation, écrit dans un article Bah Traoré, chargé de recherche au Think Tank Wathi. À travers leurs vidéos, ils prennent systématiquement position sur des sujets politiques, sociaux, économiques et diplomatiques, diffusant des contenus souvent erronés. Qu’il s’agisse d’informations sorties de leur contexte ou délibérément manipulées, leur influence est considérable. »
Lamissa Diarra




