La césarienne est une exception à laquelle l’on a recours pour sauver le bébé et/ou sa maman en cas de complications d’accouchements par voie ordinaire. Avec les rumeurs et préjugés persistants sur des questions de santé publique, notre société, fondamentalement conservatrice, pousse globalement à la peur ou à l’hésitation – et généralement sans fondement médical – une femme qui subit une césarienne au moins deux fois, en l’incitant à moins ou pas de maternités pour éviter de prendre des risques fatals. Peut-on subir une césarienne par le passé et accoucher par voie basse une autre fois ? Ou accoucher autant de fois par césarienne ? Éclairage.
Chaque grossesse est un combat pour donner vie en préservant la sienne propre. Au Mali, la fécondité d’une femme est une sorte de qualité sociale qui maintient du charme dans le foyer. Les couples, selon leurs choix, désirent avoir autant d’enfants qu’ils le souhaitent, mais ce n’est souvent pas sans obstacles. Toutes les grossesses ne se terminent pas par un accouchement dit naturel.
Des problèmes liés aux caractéristiques organiques propres d’une femme ou au déroulement particulier d’une maternité peuvent provoquer des complications au moment de la délivrance. Il faudra dès lors – pour des agents spécialisés de la santé – opter pour d’autres procédés afin de délivrer bébé(s) et maman. La césarienne est l’un de ces procédés. Il est fait recours à la césarienne lorsque l’accouchement naturel ou dit par voie basse est dangereux ou impossible. Elle est légalement gratuite au Mali depuis 2005.
Docteure Coulibaly Hawa Mahamane Touré, présentement en spécialisation en gynécologie obstétrique au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) Gabriel Touré de Bamako, définit la césarienne comme une « intervention chirurgicale consistant à sortir le bébé par une ouverture pratiquée dans l’abdomen et l’utérus de la mère. » Elle est donc une opération chirurgicale qui comporte des risques et peut fragiliser le corps de la femme. Mais ces risques condamnent-ils une femme à ne pas pouvoir faire autant de maternités qu’elle le souhaite ?
« On peut accoucher autant de fois par césarienne mais à condition… »
Selon Docteure Hawa Mahamane Touré, devoir accoucher par césarienne à chaque grossesse ne condamne pas forcément une femme à faire moins de maternités sans le vouloir. Mais dans le contexte malien, précise-t-elle, eux, « les agents de santé (ont) un peu peur. Parce que la plupart des femmes ne sont pas observantes aux traitements et ne font pas un bon suivi prénatal. Elles ne respectent pas les rendez-vous, ne suivent pas correctement les conseils médicaux et ne respectent pas la planification familiale. »
Tous ces comportements font « qu’à partir de trois césariennes déjà, poursuit-elle, nous (agents de santé, NDLR) proposons aux femmes d’arrêter la maternité. » Mais, reconnaît Dre Hawa Touré, tout est une question de discipline : « sinon, nous avons eu à opérer des femmes pour une sixième césarienne », confie-t-elle.
La rupture dite utérine est le plus grand risque pour un agent de santé lorsqu’une femme a une cicatrice de césarienne. L’utérus est l’organe de la gestation chez une femme. Et il faut du temps pour que cet organe se cicatrise solidement avant d’entamer une autre grossesse. « Lorsque la cicatrice à l’utérus n’est pas solide et qu’une femme ayant subi une précédente césarienne tombe encore enceinte avant au moins deux ans, explique Dre Touré, il peut y avoir une désunion de cette cicatrice, c’est-à-dire qu’elle peut se rompre. » Et de préciser encore que « cette rupture peut survenir même en dehors du travail d’accouchement. C’est notre plus grande bête en cas de césarienne. »
Formalités obligatoires
Proposer à une femme d’arrêter toute maternité en raison d’une opération par césarienne répétée et jugée risquée, se fait dans les règles de l’art. Il ne s’agit donc pas, sans être un spécialiste avisé, de décourager par des conseils mal fournis une femme à féconder une autre fois, parce qu’elle a subi une césarienne précédemment. Faudrait-il plutôt l’encourager à solliciter assidument les services appropriés d’un spécialiste médical, seul autorisé au regard de certaines indications, de lui conseiller à continuer à enfanter ou pas.
Selon Dre Touré, un agent de santé ne peut d’ailleurs que proposer à une femme d’arrêter de tomber enceinte au regard des risques d’accouchements encourus pour une autre césarienne. Il ne peut rien lui imposer. Et même en cas de proposition médicale, « cela doit être obligatoirement dressé dans son carnet de suivi. Et même si la patiente est d’accord, elle signe obligatoirement un document attestant qu’elle accepte la proposition médicale, à elle soumise. »
Pour finir, Dre Awa Mahamane Touré, rassure en disant qu’une femme peut bel et bien subir une césarienne par le passé et accoucher par voie basse une autre fois. Mais à certaines conditions bien entendu. Il n’y a donc pas de condamnation définitive sans avis médical.
Cet article a été rédigé par Lamissa Diarra et édité par Sag. Bi.




