Au Mali, les réseaux sociaux ont dépassé aujourd’hui les seuls cadres de divertissement et d’opportunités. Pour le blogueur Abdoulaye Baba Darfa, ils constituent une menace pour la cohésion sociale dans un pays confronté à une crise multiforme profonde depuis plus d’une décennie. L’éducation aux médias et à l’information (EMI) s’impose comme une alternative aux dérives numériques, préconise-t-il dans cette tribune.
Ces dernières années, les plateformes numériques comme WhatsApp, Facebook, TikTok, Telegram ou X (ex-twitter) sont transformées en champ de bataille informationnelle très féroce. Dans cette arène entrent en compétition des récits politiques, propagandes armées, rumeurs, discours de haine et diverses manœuvres de manipulation de l’opinion publique.
Dans cette atmosphère, la désinformation en ligne occupe une place centrale dans la légitimation de la violence armée, affectant specifiquement les jeunes. Cette exacerbation de la violence numérique constitue un défi énorme pour les décideurs publics.
La désinformation, une arme symbolique
La population malienne est essentiellement jeune, et cette couche est celle qui utilise le plus les réseaux sociaux, souvent dans une proportion démesurée. Certains jeunes voient en ces plateformes digitales : des principaux outils d’information, d’expression politique et un espace de fabrication identitaire, voire de reconnaissance sociale.
Aussi, cet usage immodéré des plateformes numériques expose les jeunes face aux dangers des contenus trompeurs, émotionnels et même souvent violents. Circulent sans vérification des vidéos sorties de leur contexte, images choquantes, récits simplifiés d’un conflit, discours victimaires ou héroïsants.
Il faut dire que la désinformation est devenue une arme symbolique. Car elle influence les perceptions, crée des ennemis, justifie l’usage de la violence et rend banale la mort.
Stratégies narratives ancrées
La désinformation ne s’arrête pas aux simple fake news, elle est liée à des stratégies narratives très ancrées. Certains contenus présentent des communautés ou des institutions comme mauvaises ou sont considérées comme des traîtres. Ainsi, cette binarité (nous contre eux) donne libre court à la justification morale de la violence.
Aussi, des vidéos, slogans ou des messages mettent en avant la violence comme alternative. Ces récits se propagent en grande vitesse en séduisant des jeunes à la recherche d’assise ou de revanche sociale. La colère, la peur, l’humiliation, le tout combiné au sentiment d’injustice, sont activés pour tromper l’esprit critique des usagers des réseaux sociaux.
Un double rôle
Les plateformes numériques jouent un double rôle : elles favorisent l’expression citoyenne, mais les algorithmes ont tendance à donner plus de visibilité aux contenus polarisants, aux discours radicaux, messages simplistes et violents.
Dans un espace de crise sécuritaire asymétrique, ces dynamiques changent les réseaux sociaux en un lieu de mise en compétition constante où les belligérants cherchent à tout prix à imposer leurs récits.
Ainsi, les groupes armés, mais surtout certains leaders politiques ou influenceurs politiques, ont compris l’utilité des plateformes numériques pour recruter, intimider ou justifier des actions dénigrant les adversaires. Ce qui n’est pas sans risque pour la cohésion sociale.
EMI, une solution incotournable
La banalisation de la désinformation violente à des répercussions graves sur la cohésion entre les communautés, perte de confiance dans les institutions, normalisation du langage de haine et radicalisation processive des opinions.
Parmi les jeunes, cette situation peut conduire à une adhésion passive ou active à des formes de violence, parfois sans contact direct avec les groupes armés, mais par une simple exposition récurrente à des récits prêchant la violence.
Face aux dangers graves qu’ont les méfaits de la désinformation sur la cohésion sociale et le vivre ensemble indispensable pour une communauté donnée, il devient urgent de trouver des alternatives fiables pour prévenir un conflit armé nourri par la violence numérique.
Les blogueurs, journalistes et mêmes les institutions de lutte contre la désinformation, militent pour l’éducation aux médias et à l’information (EMI), en plus de la pratique du fact-checking, comme une solution incotournable susceptible de faire connaitre aux usagers des plateformes numériques la limite de leurs droits tout en les incitant à adopter des pratiques saines sur la toile.
- Cet article a été rédigé par Abdoulaye Baba Darfa, et édité par Sag. Bi. Les idées qui y sont exprimées ne sont pas forcément celles de Doniblog.




