Au Mali, dans les réseaux sociaux, l’actualité devient intéressante au rythme de secrets livrés sur la place publique. Des images intimes et des contenus de discussion privée, partagés en masse, font du buzz en défrayant la chronique. Des personnalités populaires ou publiques aux plus grands inconnus, personne n’y échappe. Tout le monde peut en être victime.
A l’ère des smartphones, l’outil numérique est devenu un moyen d’information et de divertissement. Avec l’avènement des réseaux sociaux, les informations les plus personnelles et sensibles sont exploitées pour divertir des internautes de plus en plus friands de buzz. Ils sont surexcités de découvrir des secrets intimes, alimentant des discussions et débats passionnés sur les plateformes.
Pour passer du stade d’inconnu à connu malgré soi-même, il n’y a qu’un pas à franchir. Un pas pour tomber dans l’humiliation. Des images intimes prises entre les quatre murs d’une chambre se retrouvent sur la toile à la disposition d’un public qui s’en divertit. Des contenus destinés à une seule ou à un groupe restreint de personnes se retrouvent dans la nature. Des confidences et des échanges privés sont trahis et envoyés à des tiers.
« Tout ne se partage pas »
Les médias sociaux rapprochent et facilitent les échanges. Dans la ferveur des discussions, on se partage tout : « Ce qu’on partage, ne nous appartient plus pourtant », prévient Moulaye Dagnoko, informaticien de son état. L’utilisation sans prudence des médias sociaux condamne nos données sensibles à se retrouver dans la nature. « Ceux entre les mains desquels nous estimons nos informations sensibles être en sécurité (que ce soient des images ou des conversations) sont ceux-là même qui peuvent les utiliser contre nous », ajoute M. Dagnoko. Dans les médias sociaux, il est devenu fréquent de retrouver des données intimes sur la place publique. Des relations amicales ou amoureuses où on se partage tout, une fois rompues, finissent par des déballages de secrets en public, les ex-partenaires cherchant à se nuire l’un à l’autre.
Avec les plateformes numériques, il y a ce que les internautes se partagent volontiers et ce que des tierces personnes collectent sans notre consentement. De l’avis de M. Dagnoko, « chaque site Web visité, chaque recherche en ligne où nous demandons des informations sur des aspects médicaux, sexuels, alimentaires ou vestimentaires, collecte une multitude d’informations personnalisées sur nos habitudes, nos centres d’intérêt, nos goûts. Ces informations, qui se voudraient intimes des fois, sont collectées et vendues à des entreprises le plus souvent étrangères, pour construire des profils détaillés, utilisés à des fins de marketing. »
Protéger ses données personnelles
Mariam, un nom d’emprunt pour parler d’une jeune dame, dit avoir vécu l’une des pires humiliations de sa vie. Ses conversations privées avec d’autres camarades de classe ont été partagées dans le groupe WhatsApp de leur promotion. Cela a suscité un violent conflit entre camarades filles, et, par conséquent, l’affaire a été traînée jusqu’en conseil de discipline au sein d’une université privée de la place. Aujourd’hui, apprécie-t-elle avec des regrets du passé, WhatsApp, par exemple, a innové en matière de protection et de sécurité des discussions par l’instauration de la fonctionnalité ‘’vue unique’’, garantissant plus de confidentialité aux échanges. « Nous avons aujourd’hui la possibilité de rendre nos discussions consultables qu’une seule fois et non transférables à des tierces personnes. C’est déjà une grande protection pour notre intimité », se réjouit-elle.
Pour l’informaticien Moulaye Dagnoko, « tout ce que nous gardons pour nous-mêmes à l’abri des regards, relève de notre intimité. Pourtant, chaque recherche que nous incluons dans des moteurs de recherche en toute discrétion, est retracée, suivie à la lettre et collectée tout en la reliant à notre identité numérique (adresse électronique) sans même qu’on s’en rende compte. Cette intimité qu’on croit être préservée, est très vulnérable et peut se retrouver exposée en cas d’attaques sur des systèmes d’informations où sont stockées les données collectées sur nos mouvements numériques. » Raison pour laquelle, conseille-t-il : « sur les sites Web que nous utilisons, il est important de ne pas autoriser, à la va-vite, les cookies qui se présentent. Ce sont des fichiers destinés à enregistrer nos mouvements pour identifier nos préférences, nos goûts, nos plaisirs. »
A l’ère du numérique, les menaces pèsent sur l’intimité de chaque utilisateur du Net, surtout avec l’avènement des réseaux sociaux où les contenus, produits et partagés en toute confiance, peuvent se retrouver utilisés contre nous-mêmes. Raison pour laquelle le Mali a adopté depuis 2013 une loi portant protection des données à caractère personnel, et en 2019 une loi portant répression de la cybercriminalité jugée souvent « instrumentalisée ». Au-delà de la répression, il faudra mener de véritables efforts de conscientisation, quant à la nécessité de tirer profit des médias sociaux, en particulier, sans y partager nos données sensibles ou porter atteinte à celles d’autrui.
Cet article a été rédigé par Lamissa Diarra, et édité par Sag. Bi.





Merci pour la mise au point.